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D'ARVILLARS - MOLLETTE (AM)
MORAT: UN TEMOIN "DERISOIRE" D'UN DES PLUS GRANDS SEIGNEURS DE LA REGION
Trois ans après leur achèvement, les fouilles de l'ancien cinéma de Morat
(Hauptgasse 24) nous livrent peu à peu leurs secrets, au gré de
l'avancement des travaux de restauration.
L'immeuble actuel englobe deux maisons médiévales qui, comme l'ensemble de
la vieille ville, portent les traces de l'incendie de 1416. Réaménagées
sans grands travaux après ce sinistre, elles ont été réunies et en grande
partie reconstruites durant la seconde moitié du XVe siècle. Ce sont les
remblais liés à ces travaux qui ont livré un grelot de bronze gravé de
deux écus identiques surmontés de trois caractères gothiques: ala. Il
s'agit de l'écu de Savoie brisé de gueules (rouge) à la croix d'argent
(blanc) chargée de cinq croissants d'azur (bleu) qui correspond bien aux
armes d'Humbert le Bâtard de Savoie et les trois lettres, au début de sa
devise "alahac".
Humbert le Bâtard de Savoie est né en 1377, fils illégitime d'Amédée VII,
dit le comte rouge, et de Françoise Arnaud de Bourg-en-Bresse. Demi-frère
du comte, puis duc de Savoie, Amédée VIII, Humbert partit en croisade en
1396 et fut fait prisonnier à Nicomédie par le sultan Bajazet I. Il fut
libéré en 1402 et c'est certainement suite à son séjour dans les geôles
turques qu'il adopta sa devise arabe qui signifie "Dieu est juste".
Dès1403, Amédée VIII lui octroya aux marches du comté les seigneuries de
Cerlier, Cudrefin et Grandcour avec comme résidence le château de Morat.
En 1406, il reçut les châtellenies de Montagny-les-Monts et de Corbières,
Cerlier étant transféré à Jean III de Chalon-Arlay, premier prince
d'Orange. En 1421, son demi-frère lui inféoda la partie de la seigneurie
d'Estavayer-le-Lac qui était déjà dans la famille et, en 1432, Humbert le
Bâtard acquit le château et la seigneurie de Cheneau d'Estavayer qui
devint sa résidence principale. Enfin, il fut nommé comte de Romont en
1439 et s'éteignit en 1443 à Estavayer-le-Lac.
Humbert le Bâtard a laissé d'importantes traces de son séjour dans notre
région. Son œuvre majeure reste sans conteste le château de Cheneau dont
il renforça les défenses par une barbacane-châtelet et deux imposantes
tours de briques. On lui doit aussi la reconstruction de la cure et de
l'église de Montet près de Cudrefin. Ses armoiries figurent dans la nef de
la collégiale de Romont, où il fonda une chapelle dédiée à saint Maurice.
Il contribua également à la reconstruction de l'église du couvent des
Dominicaines d'Estavayer-le-Lac.
Ce
grelot n'est donc pas le témoignage le plus marquant de ce seigneur, mais
pour l'heure l'unique trace matérielle de son passage à Morat. Le lieu de
la découverte ne nous apporte aucun renseignement sur la fonction de ce
grelot qui, s'il ne portait pas les armes d'Humbert le Bâtard de Savoie,
aurait pu être interprété de manières très diverses; c'est uniquement
grâce à ces armes qu'on peut affirmer que ce grelot est lié à la chasse au
vol, fauconnerie ou autourserie. Les grelots fixés à chaque patte du
rapace font partie de son'"armement" et permettent à son propriétaire de
repérer l'animal durant les chasses. Cet armement est complété par des
jets, sangles de cuir également attachées à chaque patte, à l'extrémité
desquels on fixait parfois une vervelle - anneau plat sur lequel est gravé
le nom du propriétaire, inutile dans le cas présent. L'équipement du
fauconnier ou de l'autoursier est complété par un gant, un plot - sorte de
tabouret-perchoir sur lequel l'oiseau peut se reposer -, un chaperon -
coiffe de cuir destinée à aveugler le rapace au repos -, des longes -
lanières de cuir reliées au jet permettant d'attacher l'oiseau au plot -
et une fauconnière ou sac de fauconnier. La taille du grelot de Morat
(diam: 2,30 cm) semble plutôt adaptée à un oiseau assez grand, peut-être
un autour (famille des accipitridés dont font partie les aigles, les
éperviers, etc.) ou un gerfaut, variété de faucon des régions arctiques
très prisée au Moyen Age pour la chasse.
Enfin, ce grelot est le premier témoignage indubitable de la chasse au vol
découvert dans notre canton. Cet art, attesté dès le deuxième millénaire
avant notre ère au Proche-Orient, est apparu en Europe à la fin de
l'Antiquité (IVe - Ve siècle), importé par les romains. Il connut son
heure de gloire durant le Moyen Age, où il était l'apanage de la noblesse
et disparut presque complètement au XIXe siècle pour connaître un regain
d'intérêt depuis la seconde guerre mondiale. Il est toujours resté prisé
au Proche-Orient, particulièrement dans la Péninsule arabe.
Service Archéologique Cantonal
Texte trouvé sur le site de Morat http://www.fr.ch/sac/service/adresse.htm
Morat : chef-lieu du canton de Fribourg (Suisse)
Service Archéologique de l'Etat de Fribourg
Planche supérieure 13
1700 Fribourg
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